C’est une époque étrange que celle que l’on vit.
Alors que la politique n’a jamais été aussi envahissante, et s’y intéresser est aussi important pour comprendre les bouleversements sociaux qui mettent la population à la rue, alors qu’ils n’aspirent qu’à les avachir dans un sofa digne de ce nom installé devant une télévision achetée à crédit pour retransmettre des émissions assermentées par le comité de salut publique, on n’a jamais été aussi peu clients des discours idéologiques pour lesquels nos grands-parents et arrière-grands-parents sont morts ou ont trimé à l’usine en espérant annihiler le voisin pour éviter le même sort.
Très sincèrement, ça ne me dérange pas que l’on préfère le show business et les paillettes à Patrick Sébastien ou Karl Marx, pour les plus intellectuels, voire Patrick Sébastien ou l’écologie pour les gens moyens, puisque les théorisations convaincantes et bien étudiées passent souvent moins bien à la télévision qu’une artiste d’actualité montée par la presse, en salope ou en génie selon le genre du journaliste. De plus, qu’aucun politicien ne porte aussi bien le string qu’une artiste n’a rien pour me ramener aux débats électoraux.
Je me doute bien que j’attiserai quelques animosités à mon égard en déclarant que le cul sculpté d’une chanteuse ou d’une actrice influence davantage mon vote qu’un exposé socialiste sur les conditions sine qua non pour sauver le régime des retraites.
Seulement, déjà que je ne peux pas prendre l’objet de mes fantasmes, je ne prendrai pas non plus le blâme.
Ce sont les théoriciens eux-mêmes qui ont instigué un attentat social en vue de désintellectualiser totalement le débat politique ; ils ont déshabillé les gens de politique, les ont rapproché de notre personne, comme si on avait envie d’entendre notre voisin déblatérer des heures durant à propos de la crise économique et les ont accouplés à des célébrités sans aucun rapport avec leurs revendications, sauf si le bouclier fiscal est une métaphore censée interpeller ses bénéficiaires à l’amour protégé afin que l’état hérite de leurs fortunes ; c’est, d’ailleurs, moins imbécile que peut le laisser croire une lecture un peu rapide, puisque comme la gauche hurle contre cette loi, on peut supposer qu’ils préféreraient, toujours en réfléchissant sur la métaphore, que les personnes riches ne se protègent pas tout en maintenant une vie sexuelle très active afin que leurs impressionnants avoirs se dispersent de plus en plus jusqu’à ce qu’ils soient pauvres comme les autres. Un moyen que j’estime recevable pour lutter contre les inégalités sociales.
Qu’on ne nous bassine plus avec la soi-disant chute vertigineuse du QI moyen de la population alors que ça résulte d’une volonté délibérée de certains personnages publics pour éviter que l’on comprenne qu’ils n’y comprennent rien.
Personnellement, j’estime que cette génération est très bien et qu’elle pourrait résoudre beaucoup de problèmes alors que nos prédécesseurs en ont été incapables.
La faim dans le Monde par exemple, le consumérisme galopant finira bien par mettre en échec les usines qui existent déjà et il faudra alors en construire d’autres qui ne pourront pas apparaître dans des zones déjà envahies par des centres commerciaux ou récupérées par des promoteurs immobiliers qui estiment, à raison, qu’un complexe d’appartements leur rapportera plus qu’une fabrique à l’esthétique nettement moins réussie que bien des boîtes de chaussures. Donc, quand se poseront tous ces problèmes, il faudra bien chercher de nouveaux terrains et on se souviendra des pays pauvres sous-développés qui n’ont jamais songé à investir leurs terrains vierges de quartiers pour héberger une population incapable de s’offrir un toit comme on se l’imagine en Europe depuis le XIVème siècle. Toutes ces terres squattées par des populations rachitiques seront envahies par des bulldozers et des agences de sécurité qui commenceront à élaguer des familles symptomatiques d’un quotidien dépourvu de télévision et d’éclairage après le coucher du soleil. Les autorités officielles feront aussi quelques efforts en vue de redescendre leur population au niveau du nombre officiel d’habitants de leur pays. Enfin, on ne nettoiera pas la faim uniquement par le vide. L’implantation d’entreprises friandes de main d’œuvre très bon marché améliorera considérablement les conditions de vie des survivants.
Ensuite, la guerre pourrait disparaitre avec l’arrivée au pouvoir de ceux qui ont vingt-ans aujourd’hui qui révolutionneront totalement l’armée en commençant par l’équipement du soldat. Le vert kaki, notamment, est condamné au profit d’uniformes saisonniers que l’on présentera comme l’on présente déjà les collections de haute-couture et qui pourraient commencer jaunes pour finir roses. Hors, en plein cambouis, pendant une campagne militaire dans un lieu quelconque, je doute que des armées bariolées survivent très longtemps, et avec la chute progressive de l’utilité de l’armée, on finira par privilégier le dialogue et les négociations, quitte à devoir parlementer des années durant autour d’un jeu vidéo sportif.
Je pourrais citer d’autres exemples, comme l’utilité d’un vocabulaire monosyllabique dans une société Mondialisée ou encore les bénéfices à tirer, pour les sociétés de d’édition, des livres qui tiennent sur deux écrans de SMS, mais je m’étendrais démesurément sur le sujet. Restez simplement avec ma conviction intime que l’on fera plus pour le Monde que les soixante-huitards